C’est reparti pour le télétravail avec Iris. Ce n’est pas grave, il y a apparemment une solution :
Acte 1 : « Iris ne te demande pas tant d’attention que ça, si ? »
Acte 2 : « Tu n’as qu’à trouver un autre enfant comme elle, comme ça ils s’occuperont l’un l’autre »
La violence de cette dernière phrase prononcée par un supérieur hiérarchique.
Je ne savais pas si j’oserais vous écrire à ce sujet. À vrai dire, j’avais un peu peur : ça touche au boulot, je craignais les conséquences de parler de ça sur un blog public.
Avant toute chose: je sais que j’ai des alliés sur mon lieu de travail. Des supérieurs et collègues qui comprennent, me soutiennent. J’en suis vraiment reconnaissante.
Mais cette phrase.
Pas « un autre enfant », non. « Un autre enfant comme elle ».
C’est vrai, quoi, allez Camille, fais un effort, trouve un autre enfant comme Iris. Un autre qui aurait du mal à voir, à marcher, à contrôler ses émotions. Il y a un 1 sur un million, ça devrait être facile. Et quand tu l’auras trouvé, mets-les ensemble, ils s’occuperont.
Et puis je pourrais les mettre en cage, ce serait encore plus facile, non ?
Alors oui, c’est peut-être de la maladresse, un manque de tact ou de la bêtise, mais je ne peux pas tout excuser. Je ne peux pas prendre sur moi et laisser passer, encore et encore, les commentaires violents, sous prétexte que les gens ne savent pas ou n’ont pas réfléchi. En l’occurrence, cette personne sait.
Me dire de laisser passer ou de ne pas faire attention, c’est me demander de non seulement excuser les autres, donc de faire le travail à leur place, mais aussi de ne pas exprimer mon ressenti et mon hypersensibilité. C’est la double peine.
Cette phrase, je l’ai reçue comme une gifle, mais je n’ai pas réagi et je m’en veux. Pendant les quelques minutes qui ont suivi, je l’ai sentie s’insinuer vicieusement et se propager dans ma tête, allumant tout à tour la tristesse, la colère, l’humiliation. J’ai fini par pleurer.
J’ai déjà beaucoup de choses à porter, je ne peux pas en plus supporter la méchanceté des autres, quelle qu’en soit la raison. Je ne peux pas passer mon temps à excuser, effacer, pardonner. Je ne peux pas non plus ne pas écrire sur ça parce que j’ai peur : ce n’est pas à moi de craindre quoi que ce soit, je n’ai rien fait de mal. Je ne suis pas là pour payer le prix de la connerie des gens.
Ce sont aux autres à faire attention, à réfléchir avant de parler, à mesurer leurs propos. Je n’en suis pas responsable. Moi, je suis responsable de ma fille, de la défendre, de la protéger.
Une phrase comme celle-là et je me sens immédiatement en danger sur mon lieu de travail, malgré les alliés. Je n’exagère pas. Une phrase comme ça me donne l’impression que je dois faire plus que les autres pour prouver que je suis capable de faire mon travail, que je ne fais pas assez d’efforts pour être disponible, que j’exagère le handicap de ma fille ou le temps que je dois lui consacrer.
Une phrase comme ça me pousse à devoir me justifier, encore et encore, et alourdit le poids sur les épaules.
Une phrase comme ça me renvoie aux innombrables difficultés qu’aura Iris pour être acceptée dans la société, qui sépare les autres et les « comme elle ».
Une phrase comme ça me fait vaciller.
Une phrase comme ça ne se digère pas, ne s’excuse pas, même des jours après. Au contraire, je mesure tout ce qu’elle implique.
Voilà la violence à laquelle nous sommes confrontées, sans jamais d’excuses.
Alors tant pis pour la peur, j’écris.
Chère Camille,
Je lis tes mots pour continuer à questionner des-phrases-comme-ça.
Bises à Iris et toi.
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Merci de nous lire. Et d’être à nos côtés, surtout. Gros gros bisous
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