Vous et moi. Nous.

J’ai beaucoup réfléchi ces derniers jours suite aux réactions à mon dernier article.

Je me suis demandé si j’étais allée trop loin, si tout ça, ce blog, ce n’était pas trop. Si je ne ferais pas mieux d’écrire pour moi. Mais moi je sais déjà tout ça.

Je ne veux pas vous faire mal. Je ne veux pas vous faire peur.

Quand j’écris, je vomis ma noirceur et mes terreurs, je déverse ma colère, mon incompréhension, mes angoisses, je décris sans fard et sans imposture notre quotidien. Normal que cela vous donne la nausée. C’est parfois violent, vous redoutez de me lire, je sais.

Mais, après réflexions, les vôtres et les miennes, je continuerai.

Je continuerai de m’immiscer dans votre fil Facebook ou votre boîte mail, parce que si je ne vous raconte pas, qui le fera ? Qui vous donnera la possibilité d’entrevoir à quoi ressemble le quotidien de milliers de personnes invisibles ? Qui ternira cette image du handicap vu comme un don qui permet d’accomplir des merveilles ? Nous sommes si peu…

Oui, je vous interpelle, mais c’est mon travail. Je force l’inclusion. Je nous fais exister. Nous au sens très large. Instinct de survie.

J’écris parce qu’il aura fallu attendre le 11 mars 2021 pour que le droit à l’inclusion des personnes en situation de handicap soit inscrit dans la Constitution belge.

J’écris parce que je veux sortir de l’ombre et des groupes privés qui m’enferment dans ce rôle de mère aidante et que je ne sais plus qui je suis à part elle.

J’écris pour éveiller les consciences, même un peu, même une seconde.

J’écris pour ne pas être seule.

Je n’écris pas pour que vous nous plaigniez, faire pleurer dans les chaumières ou que vous vous inquiétiez pour moi. Tant que j’écrirai, soyez tranquilles.

Je n’écris pas pour que vous saluiez mon courage. Si vous saviez comme j’en manque… Ce n’est pas du courage, je n’ai pas le choix. C’est la vie, c’est tout.

J’écris pour ne pas devoir vous mentir quand vous me demanderez comment ça va.

J’écris pour affirmer le droit de ne pas aller toujours bien dans cette société pleine d’injonctions au bonheur. Pour que vous sachiez que vous en avez le droit aussi.

J’écris mieux que je ne parle.

J’écris pour être une petite voix. Pour que peut-être, la prochaine fois que vous verrez un enfant trop grand dans une poussette ou un autre qui hurle dans un supermarché, vous puissiez voir autre chose, au-delà, avec un autre filtre.

J’écris parce qu’avant Iris, je ne savais pas que ce monde parallèle existait. J’étais de celles qui disaient « Oh là là, je n’imagine même pas ». Point. Parce que je ne voulais pas imaginer, que tant de choses m’étaient invisibles. Que ce n’était pas mon problème. Quelle idiote ! C’est notre problème en tant que société, il est juste un peu tard pour le réaliser.

J’écris et ce n’est pas grand-chose.

Je vous entrouvre une porte pour que nos mondes ne soient plus parallèles mais se rejoignent. Libre à vous de la pousser ou non. J’écris pour que vous osiez le faire. N’ayez pas peur.

J’écris et c’est vital.

J’écris sinon j’étouffe.

J’écris parce qu’Iris et moi avons le droit. Des droits. Un avenir.

J’écris pour nous, pour vous, pour celles et ceux qui ne peuvent pas, qui n’osent pas. Pour leur dire que je suis là et qu’ils peuvent compter sur moi.

J’écris parce que ça fait de la lumière.

J’écris, je vous bouscule et réveille vos peurs. C’est peut-être que j’ai réussi quelque chose ?

J’écris pour conquérir votre monde. Pour conquérir le monde avec vous.

J’écris parce que je ne sais faire que ça et que c’est ma seule arme.

J’écris et vous m’avez demandé de continuer.

J’écris aussi grâce à vous.

Merci de nous faire exister.

Merci pour tout.

Publié par Camille

Je suis la Maman d'Iris et j'ai décidé de prendre la plume, ou en l'occurrence les touches, pour vous faire partager notre quotidien.

3 commentaires sur « Vous et moi. Nous. »

  1. Continuez Camille. Vous avez raison. Nous existons, nos enfants aussi et nous avons tous droits à un avenir. Moi je vous soutiens, parce que je vous comprends. Inclure nos enfants, c’est sauver des vies, oui oui, sauver des vies. Celle des enfants, mais aussi celle des parents. Courage et bonne semaine

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