Toujours et pour toujours

Je n’en peux plus de me battre dès 6h du matin.

Je n’en peux plus d’avoir peur du retour de l’école.

Je n’en peux plus de ne trouver aucune solution à ce qui se passe sous mes yeux.

Je n’en peux plus de marcher sur des œufs pour éviter de déclencher la colère.

Je n’en peux plus d’être impuissante.

Je n’en peux plus de voir ce putain d’autisme prendre sa place.

Je n’en peux plus des réunions à l’école.

Je n’en peux plus de cette chanson que tu chantes sur tous les tons, avec tous les mots, ou dont tu marques le rythme avec les objets.

Je n’en peux plus de « ça c’est quoi ? »

Je n’en peux plus des formations, des recherches, et d’entendre que l’on doit rester dans le plaisir.

Je n’en peux plus de te voir changer.

Je n’en peux plus de ne pas savoir si c’est une phase ou si c’est la suite logique des choses.

Je n’en peux plus de penser que je fais sans doute mal les choses.

Je n’en peux plus de compter les jours jusque vendredi parce que ce sera fini.

Je n’en peux plus d’avoir une concentration de bulot.

Je n’en peux plus de ne pas comprendre pourquoi tout fait mal ou tout est mouillé.

Je n’en peux plus de répéter qu’à la maison ça ne va pas.

Je n’en peux plus des délais d’attente d’un système surchargé qui ne peut pas nous aider.

Je n’en peux plus de craindre le moment où ma famille te verra dans cet état.

Je n’en peux plus de cette triple peine que nous inflige ce syndrome : cécité, handicap moteur, autisme.

Je n’en peux plus de l’emploi du temps, du timer, du casque anti-bruit.

Je n’en peux plus d’être en colère contre ceux qui ont des enfants en parfaite santé.

Je n’en peux plus d’avoir peur de tes colères. D’avoir peur de toi.

Je n’en peux plus d’enterrer mes rêves un à un.

Je n’en peux plus de te voir te taper.

Je n’en peux plus de me faire taper.

Je n’en peux plus de trouver ça insupportable et de me sentir coupable de ressentir tout ça.

Je n’en peux plus de lire que nous avons la chance d’avoir des enfants extraordinaires.

Je n’en peux plus de me demander ce que j’ai bien pu faire au bon dieu ou à n’importe qui pour que ça arrive.

Je n’en peux plus de ne pas savoir si tu es heureuse ou si tu as mal.

Je n’en peux plus.

Je n’en peux plus mais je me battrai, Iris, même si c’est contre le vent. J’achèterai des ailes et des hélices et on volera.

Je me battrai et collectionnerai tous les petits moments de lumière en mesurant à quel point ils sont précieux. Je les garderai dans mes poches pour qu’on les regarde ensemble plus tard. Je vais encore chercher, encore appeler, encore lire, encore discuter. Je vais encore écrire pour faire de la place dans ma tête et je garderai l’espace pour toi.

Je te ferai rire, t’inventerai des chansons pour que tu bouges tes petites fesses. Je t’empêcherai d’écouter de la musique quand je saurai que ce n’est pas le moment et que ça te fera mal. J’éteindrai la lumière quand tu auras besoin de repos. Je viendrai avec toi dans ta tente. Je tenterai toujours de te prendre dans mes bras pour que tu y trouves un refuge et si tu n’es pas prête, j’attendrai.

Je te chanterai la chanson de l’eau. Je nous construirai des cabanes et on jouera à se cacher.

Je te répèterai que je t’aime, que je suis là, quoi qu’il arrive. Je te répèterai aussi que je suis fière de toi, que tu es une grande fille, que tu es gentille. Je te raconterai l’histoire où tu fais « bim bam boum » dans mon ventre et celle du petit papillon.

Je me battrai pour que tu puisses vivre le mieux possible avec tout ce que tu portes. On apprendra ensemble, on grandira ensemble. Je serai attentive à tout. Je ne renoncerai jamais à tenter de te comprendre et entrer dans ton monde si tu veux bien. Je te ferai de la place dans le mien et te montrerai comment il tourne. J’accepterai que parfois, nous serons chacune dans le nôtre. Je te laisserai être qui tu es en te guidant quand tu en as besoin, même si tu n’aimes pas ça. J’essaierai de ne pas te surprotéger. Mais je te protègerai. Tu seras en sécurité.

J’apprendrai ton rythme, tes peurs, tes joies. J’apprivoiserai les miennes.

Je te laisserai marcher et trébucher, mais je serai là si tu tombes. Je célèbrerai tous tes progrès.

On construira d’autres rêves, encore plus beaux d’être les nôtres, faits de ce que nous sommes. Des rêves solides en métal parce que c’est ta matière préférée.  

Je raconterai notre histoire pour sensibiliser le monde ou pour aider les autres.

Je ne cèderai pas. Je n’abandonnerai pas.

Je suis là, mon amour. Toujours et pour toujours.

Publié par Camille

Je suis la Maman d'Iris et j'ai décidé de prendre la plume, ou en l'occurrence les touches, pour vous faire partager notre quotidien.

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