Samedi

Je sais, j’écris beaucoup en ce moment. Peut-être parce que je regarde Iris changer.

Pour moi, l’autisme d’Iris est comme une pieuvre géante qui déroule ses tentacules au fur et à mesure. Qui s’immisce dans notre quotidien et entrave ce qui était facile avant.

Hier soir, après la découverte de la station spatiale, ou, comme dirait Iris (qui a adoré), la « station pas sale », la soirée a tourné en crises. Parce qu’Iris m’a demandé de quelle couleur était son duplo, que j’ai répondu bleu et qu’elle n’était pas d’accord, il était vert, ou jaune, mais pas bleu.

Alors elle a voulu me taper. C’était son obsession, et rien ne pouvait l’en empêcher. Ni les câlins, la discussion, l’éloignement. J’ai bien essayé de la mettre dans sa chambre pour qu’elle puisse se calmer, mais elle revenait toujours à ça. Taper Maman.

Taper Maman et tout refuser parce que c’était mouillé et que ça faisait mal. Tout. Le pantalon sec, le fauteuil, le lit, les pâtes, la crème vanille. Tout était mouillé.

Aujourd’hui, ce n’est plus vendredi. Je ne sais pas ce que l’on va pouvoir faire. Si on pourra faire quoi que ce soit.

La pieuvre nous vole des moments de vie. Je regarde par la fenêtre et je vois les enfants sur leurs draisiennes ou leurs trottinettes. Je suis jalouse et en colère.

Je ne suis pas en colère contre Iris. Je suis en colère parce que c’est difficile pour elle. Parce que les moments qu’elle passe avec ses mamans sont, depuis deux semaines maintenant, sans vraiment de joie.

Je me console en me disant qu’on lui offre un espace où elle peut décompenser, et je sais que c’est précieux.

Mais on est samedi, nous aussi on aimerait aller au magasin de jouets d’Anne. Ou courir et sauter. Iris aimerait ça. Mais elle ne sait pas faire. Je la regarde essayer, encore et encore, sans que ses petits pieds ne décollent. Je la fais voler dans mes bras.

Il est 9h30, Iris dort encore. Peut-être qu’après cette grosse nuit, tout ira mieux.

Hier soir, elle s’est endormie en me caressant l’oreille. Je me suis raccrochée à ce moment, de toutes mes forces, les poings serrés et les jointures blanchies. Parce que nous avons au moins ça, les jours de tempête.

J’en fais peut-être fait trop. Ou pas assez. Ou mal. Je ne sais pas vraiment.

Je sais juste que c’est douloureux de voir que la pieuvre grandit en même temps qu’Iris. Que je tente de retrouver la joie d’hier après-midi pour combattre l’appréhension du réveil. C’est difficile d’avoir peur de son enfant. Difficile est un mot bien faible.

Yoyo émotionnel.

Je sais bien qu’Iris est une enfant extraordinaire. Je sais bien qu’elle fait d’énormes progrès à l’école. Mais le prix à payer est trop grand pour elle. Pour moi. Ce n’est pas juste.

Parce qu’on est samedi, qu’il fait beau, et que je ne sais pas si les chaussures seront mouillées ou feront mal, si l’écharpe chatouillera, s’il y aura trop de bruit ou de lumière, s’il faudra taper Maman, si…

Putain que c’est dur.

Publié par Camille

Je suis la Maman d'Iris et j'ai décidé de prendre la plume, ou en l'occurrence les touches, pour vous faire partager notre quotidien.

Laisser un commentaire