Sacré Charlemagne!

Cela fait plus d’un mois maintenant qu’Iris est entrée à l’école. J’ai enfin le recul nécessaire pour vous en parler.

J’ai mis du temps à comprendre pourquoi cette rentrée a été si difficile. Il y a eu quelques couacs, certes, mais sans doute pas de quoi me mettre dans tous mes états, comme cela a pourtant été le cas. Il était plus facile de me focaliser sur ces problèmes (qui n’en étaient pas, vu la rapidité avec laquelle ils ont été réglés), plutôt que de réfléchir à la démesure de ma réaction.

J’étais tiraillée, certainement le suis-je encore un peu, entre le soulagement d’avoir trouvé un établissement pour Iris, et une tristesse assez infinie. Je dis bien soulagement, et non pas joie.

Je me souviendrais du jour de la rentrée comme d’une claque magistrale de la part de la cruelle réalité qui s’est rappelée à moi sans prévenir. Je nous vois encore, là, dans cette cour, entourées d’enfants tous plus extraordinaires les uns que les autres, et du malaise qui grandissait en moi. Je regardais ma fille et je n’avais qu’une envie : la reprendre avec moi. Parce qu’elle n’était pas comme eux. Je ne voulais pas qu’elle soit comme eux. Je ne voulais pas de cette école, je voulais une école classique, avec des enfants qui courent sans canne ni fauteuil. Sans lunettes, même.

C’est ça, la vérité. La rentrée m’a confrontée brutalement à ce que serait le quotidien d’Iris pour ces prochaines années et je ne l’ai pas supporté. Non pas parce que ma fille est malheureuse là-bas. Juste parce que j’étais malheureuse qu’elle y soit.

Jamais contente, la Démaret, hein ? Mais remarquez bien, mes verbes sont à l’imparfait. Un peu comme moi.

Aujourd’hui, je vois Iris heureuse d’aller à l’école tous les jours. Elle y fait du cheval, de la piscine, de la cuisine, de la peinture, de la musique. Elle a des copains et des copines qu’elle aime retrouver dès le bus de 6h50, où je la dépose en toute confiance. Ma grande fille me chante des chansons, dessine des ronds, reconnaît les triangles.

Chaque soir, j’ai hâte de lire son journal de classe et de découvrir ce qu’elle a fait durant la journée.

Chaque vendredi, j’attends avec impatience les photos et les vidéos de la semaine.

Je peux dire désormais que je suis très heureuse qu’Iris ait été acceptée par l’école. Que je suis admirative et reconnaissante du travail accompli tous les jours par les institutrices, éducatrices, et toutes les personnes qui entourent et encouragent ma fille en tenant compte de toutes ses spécificités.

Je les remercie de passer deux semaines à faire en sorte qu’Iris accepte de toucher la pâte à modeler, de trouver des solutions pour stimuler le reste de vision qu’elle a, de la faire progresser aussi rapidement, sereinement et avec autant de patience, de communiquer aussi clairement tous les jours afin de nous rassurer.

Bien sûr que c’est leur métier. Mais elles le font très bien, et c’est important de le dire et d’exprimer ma reconnaissance infinie.

La semaine dernière, il y avait un rendez-vous ophtalmo à l’école. Quand je suis arrivée, c’était la récréation. Iris était là, avec son petit caddie de supermarché qui lui permet de se déplacer. Elle était souriante, entourée de trois grandes filles qui la guidaient, l’emmenaient, l’encourageaient. À ce moment précis, j’ai compris.

Comme il me sera pénible de voir ma fille avec des lunettes teintées parce que je trouve que c’est stigmatisant, il m’a été difficile de la mettre à l’école. Mais Iris est photophobe. Alors elle les aura, ses lunettes. Et je l’accepterai. À mon rythme.

Iris est polyhandicapée. Aussi douloureux que ce soit de l’admettre, elle est à sa place, dans cette école. Depuis le début. Et elle y est heureuse.

Nous sommes le 8 octobre, il est 8h du matin. Aujourd’hui Iris va faire du yoga. Elle va passer une bonne journée. Que demander de plus ?

[PS : si vous ne le savez pas, les reins d’Iris vont bien, rien à signaler pour l’instant, ce qui est une très bonne nouvelle ! L’examen a été pénible pour Iris comme pour moi, mais nous nous en sommes sorties comme des championnes un peu épuisées après un combat de lutte gréco-romaine, puisqu’il a fallu trois personnes pour maîtriser ma petite poulette.]

Publié par Camille

Je suis la Maman d'Iris et j'ai décidé de prendre la plume, ou en l'occurrence les touches, pour vous faire partager notre quotidien.

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