La mère « formidable »

7h42

Iris est partie depuis une heure déjà. Ce bus arrive décidément bien trop tôt.

J’ai bu 5 cafés, fumé 5 clopes (pardon Maman), fais 25 parties de Candy Crush. L’anxiété est là depuis le réveil, fidèle au rendez-vous. Comme le cœur qui se décroche d’un coup dès que j’ouvre les yeux.

Je lis les commentaires sur Facebook qui me disent à quel point je suis formidable. Je ne veux plus l’entendre. Ni le lire.

D’abord, j’ai une confession à vous faire : j’adore Fort Boyard. Vous connaissez cette épreuve où il faut déposer des pièces dans un verre d’eau qui flotte et s’il coule, vous avez perdu ?Je me sens un peu comme ce verre d’eau. Sauf qu’au lieu de déposer une pièce, le maître du temps m’a déposé un lingot et je me suis noyée.

Il y a quand même du mieux, j’arrive désormais à me laver tous les jours. Souvent un bain brûlant, que je vide en restant dans la baignoire jusqu’à avoir froid.

Nouvelle phase de dépression. Yoyo depuis deux ans. Anxiolytiques, antidépresseurs. Boulot, arrêts maladies. Alternance infernale. Plus d’estime de moi. Chaque fois que je pense remonter, les parois s’effritent et ne me laissent aucune prise. C’est la chute. Encore. Je me cache pour ne pas me donner en spectacle. Oui, j’ai honte de ne pas être assez forte. Honte de ne pas être celle que vous croyez.

Là où vous voyez du courage, c’est l’énergie du désespoir. Là où vous entendez mon rire, c’est un déguisement de larmes. Quand je dis que ça va, ne me croyez pas. Rien ne va plus.

La mère « formidable » que je suis pleure tous les jours. Elle porte le poids de la solitude, parce qu’elle est seule à l’intérieur face au handicap de sa fille. Personne ne peut aider ni apaiser la souffrance, pas même la famille ni les amis, malgré leur présence et leur bienveillance. Elle est pétrie d’angoisses, de peurs, de questions sans réponse. Elle ne dort pas, ou elle dort trop. Elle n’a parfois pas la force d’affronter une nouvelle journée. De remplir des papiers. De faire le ménage. De faire à manger. Elle est indifférente à presque tout, elle n’a pas l’énergie de ressentir. Elle déplace des rendez-vous qui sont censés lui faire du bien parce qu’elle ne peut plus parler, ne plus faire l’effort. Elle n’arrive même pas à hurler sa rage. Elle sait qu’après la pluie ne viendra pas le beau temps.

Ne me dites pas que je suis formidable, sinon j’ai l’impression que je dois être à la hauteur et masquer encore plus tout ce quotidien. Je ne suis pas formidable, je survis.

Et puis je retrouve mon Iris, je recommence à respirer. Sa petite main qui caresse ma joue, ses yeux rieurs, son souffle régulier quand je la regarde dormir et l’odeur de ses cheveux.

Alors je vis.

Publié par Camille

Je suis la Maman d'Iris et j'ai décidé de prendre la plume, ou en l'occurrence les touches, pour vous faire partager notre quotidien.

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